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LA DYNAMIQUE MENTALE

CHRISTIAN H. GODEFROY LA DYNAMIQUE MENTALE

informations dans le subconscient d'autrui. Considérant que le cerveau fonctionne comme émetteur ou comme récepteur, il y a donc deux sortes d'images : les images émises et les images reçues. « Il y a par conséquent deux sortes d'imagination : l'imagination active et l'imagination passive. » Parlant de l'imagination active, qui est le véhicule de l'activité mentale de l'homme, qui lui permet de penser, de comprendre, d'inventer et de se souvenir, Caslant ajoute : « Si nous connaissions ses lois, et si nous savions les appliquer, nous pourrions guérir nos maladies sans médecin et sans médicament, transformer notre être et réaliser des miracles. » La base de la méthode sera l'activation de l'imagination passive, puis l'élimination progressive de toute imagination active. Qu'il s'agisse d'imagination active ou d'imagination passive, l'image qui surgit est toujours liée à la précédente. C'est le phénomène de l'association, étudié par Jung. Caslant préconise donc, pour faire apparaître une image passive sans lien avec la précédente, l'utilisation d'un instructeur qui suggère cette image. Le développement des facultés supranormales est effectué à deux : un sujet et un instructeur. Ce dernier utilise la voix comme inducteur : « On installe confortablement le sujet, on l'incite à masquer ses yeux avec ses mains pour ne pas être gêné par la lumière. » Puis on le conduit à un « calme intérieur » en l'invitant à « se souvenir d'un lac calme au soleil couchant ou de s'imaginer de grandes étendues monotones ». Il est regrettable que Caslant n'ait pas connu la sophrologie : les images qu'il essaie de produire chez son sujet « rappellent celles du rêve, ou mieux celles qu'on perçoit le soir ou le matin avant de dormir ou dans l'instant qui précède le réveil, le cerveau étant à demi entre la veille et le sommeil ». Une bonne définition des ondes alpha... Le sujet mis dans cet état de conscience particulier, l'instructeur prononce un mot, en lui demandant de décrire les sensations, les images qui surviennent alors. Trois cas peuvent se présenter : « Ou bien il ne se produit aucune impression, ou bien il survient une réminiscence, ou bien il surgit une image inconnue. » Dans le premier cas, le sujet est préoccupé, il faut briser la chaîne de ses pensées : • en suggérant d'autres mots, • en lui demandant de se souvenir d'un objet familier, • en l'invitant à faire travailler son imagination créatrice. Dans le deuxième cas, il faut continuer à suggérer d'autres mots jusqu'à ce qu'apparaisse une image inconnue. Si elle ne vient pas d'elle-même, Caslant suggère la technique de l'accrochage : ayant suscité, par exemple, l'image d'une voiture, l'instructeur suggère au sujet qu'il monte dedans, prend le volant et se promène. Ces actions entraînent des images nécessairement nouvelles, ce qui est le but recherché. Deux problèmes peuvent alors survenir : 1. Le sujet revient à des images actives, à des projections de problèmes personnels. Dans ce cas, il s'agit d'une introspection critique qui fait douter de la réalité des impressions subjectives ; il élabore des hypothèses rationnelles qui court-circuitent son imagination passive. C'est la raison pour laquelle l'attitude de l'instructeur est primordiale. Elle doit être rassurante, donner confiance en lui au sujet. Une forte empathie et une imagination fertile sont nécessaires. 2. Il n'arrive pas à se concentrer sur l'image, qui apparaît comme un flash et s'évanouit, ne laissant qu'une impression fugitive. Il faut alors lui demander de se rappeler l'image, puis de la préciser en lui demandant : « De quelle marque est cette voiture ? Quelle est ton impression ? » Des phrases du genre « quelle est ton impression ? » « quel sentiment as-tu sur... ? » « as-tu la sensation que... ? » sont préférables à « qu'en penses-tu ? », « à ton avis... » L'imagination passive, l'intuition se manifestent par des impressions, des sentiments, des sensations. La pensée, le raisonnement ramènent le sujet au stock d'images de son subconscient. Il faut donc éviter de le laisser se perdre dans ses pensées, stimuler constamm « Douter de tout et tout croire sont deux solutions également commodes qui l'une et l'autre dispensent de réfléchir. » Poincaré SOMMAIRE Introduction PREMIÈRE PARTIE : SOPHROLOGIE L'hypnose La sophrologie La suggestion DEUXIÈME PARTIE : L'EXPÉRIENCE ALPHA Mind Control, biofeedback et ondes alpha La psychocybernétique Le séminaire alpha TROISIÈME PARTIE : PARAPSYCHOLOGIE Méthode de développement des facultés supranormales de Caslant Le rêve, phénomène parapsychologique Le rêve lucide L'entraînement à la télépathie Télépathie et champ affectif Des profondeurs du temps : l'aura Phénomènes d'extériorisation du corps-énergie L'expérience de Cayce La guérison à distance Les dangers de la parapsychologie Conclusion ANNEXE I : Le training autogène ANNEXE II : La formule complète de Coué ANNEXE III : A propos de la querelle sur le rythme alpha ANNEXE IV : Exercices pratiques de psychocybernétique Lexique Bibliographie Remerciements Une expérience pour le moins étonnante Je commence vraiment à en avoir assez... Quand on a l'habitude de donner des cours, il est déjà désagréable d'être soi-même sur le banc. Mais lorsqu'en plus l'animateur est mauvais pédagogue, qu'il ne maîtrise pas parfaitement son sujet, et que l'on est à plusieurs milliers de kilomètres de son domicile, obligé d'écouter et de suivre un « amateur », c'est insupportable. Il enchaîne : « Mettez-vous par groupes de deux, un directeur et un étudiant. L'étudiant s'allongera, se mettra dans ses "niveaux" – il s'agit d'une sorte d'état de relaxation qui nous a été enseigné pendant le cours – et le directeur lira les instructions. A ce moment, l'étudiant "verra" mentalement la personne dont il doit signaler la maladie ou le problème. Le directeur doit prendre des notes et encourager l'étudiant, sans lui donner d'indications, évidemment. » Deviner la maladie de quelqu'un que l'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam, voilà qui semble défier le bon sens. Sceptique, mais ravi de faire enfin quelque chose, je me dirige vers Sylvie Hervet qui assiste, elle aussi, à ce cours. « Veux-tu le faire avec moi ? » « D'accord, qui commence ? » « Il me semble que ton intuition féminine te prédispose naturellement à la position d'étudiante, non ? » Elle a un léger sourire. « Entendu, va chercher un cas. » Les groupes de deux se forment, çà et là, dans la grande salle confortable de l'hôtel qui nous abrite, un « Hilton ». Je suis le premier « directeur » à réclamer mon « cas » : une feuille de papier dactylographiée, sur laquelle figurent des instructions et le nom, l'âge et le domicile du sujet dont nous devons diagnostiquer les problèmes. Sylvie s'allonge sur l'épaisse moquette. « Respire profondément et détends-toi. » Elle ferme les yeux, calme sa respiration. « Descends dans tes niveaux et dis-moi quand tu es prête. » Immobile, elle semble déjà loin. « Ça y est. » « Je vais compter jusqu'à trois. A trois, tu vas avoir devant toi M. Mario Mantella, qui a cinquante-cinq ans, de Naples. Un... deux… trois. Tu as maintenant devant toi M. Mario Mantella, cinquante-cinq ans, de Naples. Fais-lui subir un examen minutieux et complet, et dis-moi dans quel état il se trouve actuellement. » J'attends, serein, curieux d'entendre son diagnostic. Il va certainement être de la plus haute fantaisie. Le rythme de sa respiration augmente, ses paupières bougent de plus en plus rapidement, elle halète. « Non, non... » Elle se plaint, gémit, haletant de plus belle. Et lorsqu'elle commence à se tordre de douleur, mon inquiétude sourde devient de la panique. Parapsychologie et misonéisme Mon premier contact avec la notion du paranormal remonte à 1962. Le grand succès de librairie était le Matin des magiciens. Son mélange de réalité et de fiction m'avait gêné, mais l'accumulation de faits venant étayer la thèse avait de quoi ébranler. Heureusement, je faisais partie de « l'Union Rationaliste », qui ne tarda pas à éditer le Crépuscule des magiciens. Ce dernier livre démontait les mécanismes, les « trucs », les faiblesses, de l'ouvrage de J. Bergier et L. Pauwels, et la Logique pouvait de nouveau briller dans le ciel de la Raison, ne laissant nulle obscurité. J'étais rassuré. Tout s'expliquait, et ce que la raison ne peut admettre n'existait pas. C'était une position intellectuelle bien confortable qui me faisait rejeter tout ce qui est vraiment nouveau, donc de prime abord incompréhensible. Car comprendre, c'est « prendre avec », ajouter une pièce à notre édifice de connaissances. Si la pièce est trop nouvelle, il y a phénomène de rejet. C'est le « misonéisme ». Cette peur de la nouveauté peut se manifester de façon violente. Certains chercheurs, pour échapper aux persécutions dont ils étaient l'objet, ont dû se réfugier dans la folie. Ce sont les cas célèbres de Wells, qui inventa l'anesthésie à l'éther, de Cantor, mathématicien qui découvrit les nombres transfinis, de Semmelweis, qui trouva l'asepsie au chlorure de chaux, etc. D'autres ont résisté : Galilée, Pasteur, Einstein, pour ne citer que les plus célèbres. Une campagne de publicité lancée par I.B.M. en 1972 rappelait la réaction des milieux scientifiques à quelques découvertes : « La locomotive de G. Stephenson est un monstre redoutable, une folie criminelle. Nous proposons son interdiction en France » (Académie royale des arts et sciences, 1829). « Nous devons nous opposer de toutes nos forces à la poursuite criminelle des recherches sur la transfusion sanguine. Transfuser le sang d'un autre dans les veines d'un patient provoque à court terme la mort, ou du moins, la folie » (Un journal de médecine et de chirurgie, 1925). « M. Charles Lindbergh vient de réussir, il est vrai, un exploit peu banal. Mais jamais les compagnies d'aviation ne seront assez folles pour confier la vie d'un équipage, voire celle des passagers, sur des distances aussi grandes à ces machines si peu confortables et si peu sûres. » (Bulletin d'une société scientifique française, 1927). Leur liste est longue. Elle continue aujourd'hui et ne se limitera pas là. L'étude du paranormal, la « parapsychologie », souffre de préjugés bien français : 1. Le cartésianisme mal compris. 2. Un anticléricalisme latent. Les « miracles » sont une des preuves avancées pour justifier la religion, et les milieux scientifiques, qui ont tant souffert de l'emprise de la religion, rejettent le « bébé avec l'eau du bain » : les vrais phénomènes paranormaux avec les mystifications et les croyances. Après tout, pour pouvoir dire que ces phénomènes existent, il faut en avoir la preuve. Non pas des études statistiques, des témoignages, souvent sujets à caution : « La lanterne de l'expérience n'éclaire que celui qui la porte. » Non. Jouons plutôt les saint Thomas : il faut toucher, mieux, « vivre » la preuve. Elle le connaît depuis toujours Ils sont au moins cinq ou six qui nous entourent, curieux. La respiration de Sylvie est redevenue normale. L'animateur lui a seulement pris la main, en lui soufflant : « Détendez-vous, dé − ten − dez − vous. » d'une voix grave et pénétrante. Prudemment, je reprends la suite des opérations. « Que vois-tu ? » « Je ne le vois plus. Ah si ! Comme il souffre... » « Comment est-il ? » « Un homme grand et sec. Un visage altier, qui exprime de la noblesse, de l'autorité. Ses cheveux sont tout blancs... Il est sur un lit de fer. » « C'est bien (on nous avait recommandé d'encourager) et quelle est sa maladie ? » « Son dos, je vois son dos. Il ne peut pas bouger... Il a mal. Le pauvre homme ! Je crois qu'il est paralysé. C'est sa colonne vertébrale, un accident de cheval. » Je suis perplexe. La coïncidence est étonnante. Sur la feuille que j'ai sous les yeux, il y a bien : « Paralysie de la colonne vertébrale ». Les autres détails sont sans doute le fruit de son imagination, mais celui-là, je suis pourtant certain qu'elle n'a pu ni le voir ni l'entendre. Peut-être s'agit-il de télépathie ? « Remonte tes niveaux, rappelle-toi que lorsque tu ouvriras les yeux, ta tête et ton cou seront relaxés, que tu te sentiras comme rajeunie, rechargée, en harmonie avec la vie. » Je sens son corps reprendre peu à peu vie, elle tressaille légèrement. Après un temps qui semble interminable, elle ouvre enfin les yeux. « Alors, qu'est-ce qu'il avait ? » me demanda-t-elle. « Exactement ce que tu as trouvé. » Elle n'en croit pas ses oreilles, doute d'abord, puis devient enthousiaste. Ses yeux brillent d'excitation. « Tu sais que je ne pouvais plus bouger du tout ! » « J'ai bien vu, tu criais presque de douleur, tu m'as fait une de ces peurs ! » Nous retrouvons celui qui a donné le cas. « C'est mon oncle, un ancien officier de cavalerie. » J'ai l'impression de vivre un cauchemar. De l’Edgar Poe. Grand, moustache, tout y est, jusqu'au moindre détail. Pourtant quelque chose « cloche ». « Tu me dis qu'il marche, qu'il porte un corset ? » « Oui, mais en ce moment, il est en pleine crise. J'ai reçu une lettre hier. Il est au lit. » Sylvie le coupe, ajoute des détails, volubile. On a l'impression qu'elle le connaît depuis toujours. Deux camarades de pension qui se retrouvent et parlent d'un de leurs anciens professeurs. « A toi maintenant. » Après la séance que je viens de vivre, j'esquive : « Non, non, ça n'est pas la peine. » « Allez, si, c'est ton tour, tu ne vas pas manquer l'expérience. » Et elle se dirige vers le bureau pour choisir un nouveau cas. « Prends-moi plutôt quelque chose de bénin ! » Je ne suis pas vraiment rassuré. Comme dans une première expérience amoureuse : un mélange de désir et de crainte. Je m'allonge, me prépare, puis j'entends, comme dans un brouillard : « Martine Lebel, trente-trois ans, de Paris. Un... deux... trois, tu vois maintenant Mme Martine Lebel, trentetrois ans, de Paris. » « Je ne vois rien du tout. » « Regarde mieux. » Les images défilent devant mes yeux, comme dans un kaléidoscope. Soudain, je vois une cible de cercles concentriques, une silhouette se découpe en ombre chinoise au centre. Deux balles l'ont touché, et de leurs trous s'échappe une lueur rouge. « Je n'y arrive pas. » « Que vois-tu ? » Je décris. « Où sont situés les trous ? » « L'un est au niveau du ventre, ici. L'autre est au-dessus de la bouche. » « Très bien, essaye maintenant de regarder plus en détail. » Le « très bien » me surprend agréablement, m'encourage. Les tissus, les organes m'apparaissent, un peu comme lors d'un reportage chirurgical. Ils sont animés d'une pulsation rythmique. L'irrigation sanguine. Une boule disgracieuse se détache, rougeâtre, boursouflée. « C'est parfait, continue. Maintenant passe au visage. » Je vois un cordon noir qui relie la lèvre supérieure au cerveau. Considérer la situation comme normale Je suis certain de m'être trompé, ou du moins d'avoir été très incomplet. Lorsque je resurgis, une surprise m'attend : tumeur aux intestins, qui repousse (sept opérations successives) et tache noire à la lèvre supérieure (diagnostic du corps médical : origine inconnue). Avide d'en savoir plus, je décide d'observer les autres groupes, qui sont en plein « travail ». Un jeune homme dit : « C'est noir, c'est tout noir. » On le questionne. Il ne fait que répéter : « C'est noir, j'ai une impression de froid. Je veux revenir. » Il devait diagnostiquer un cancer généralisé. Je vois un autre groupe. Une femme d'une quarantaine d'années parle, parle. Son « directeur » a déjà noirci au moins trois pages de notes hâtives. Une jeune fille m'aborde : « Je ne suis pas encore passée, voulez-vous être mon directeur ? » J'acquiesce. Il y a un je-ne-sais-quoi d'agréable à regarder de jolies femmes qui se relaxent. Leurs visages sont « transfigurés ». Certaines deviennent très belles, d'autres vieillissent. Cela me rappelle un passage de Montherlant conseillant de « regarder la mère avant d'épouser la fille ». Tout se passe très bien. Presque de la routine. Les facultés d'adaptation humaines sont vraiment extraordinaires : je me surprends à considérer la situation comme normale. Nous nous retrouvons tous lors d'une pause. L'atmosphère a complètement changé. De réservée, elle est devenue passionnée. On voit ceux qui se défendaient de « croire à ces sornettes » prendre l'un et l'autre à témoin de l'incroyable situation qu'ils ont vécue. Ils refont le monde à la lumière de leur nouvelle expérience. Ils expliquent, cherchent, écoutent avec intérêt « ceux qui savent ». Le « trou noir, l'impression de froid » du jeune homme de tout à l'heure s'explique : un participant avait donné le cas de sa mère, décédée trois mois plus tôt. Sinistre plaisanterie... Le cas que j'avais moi-même soumis – celui de mon grand-père – « colle » à la réalité, mais il y a un élément supplémentaire : il se trouvera vérifié plus tard. « Quelque chose dans les reins » en plus des lourdeurs dans les jambes et de l'emphysème que je lui connaissais. Voilà mot pour mot ce que j'ai vécu. Depuis, j'ai vu plusieurs centaines de personnes revivre mon étonnement et ma stupeur. Je suis passé « de l'autre côté de la barrière », et je cherche à comprendre. Vous aussi, peut-être. C'est une des raisons pour lesquelles j'écris ce livre. Développer ses facultés paranormales Mon fils a cinq ans. C'est l'âge des « pourquoi ? », l'âge où l'on découvre la vie et le monde. En le regardant jouer et vivre, je me demande, moi aussi « pourquoi ? ». Pourquoi l'adulte perd-il cette faculté de s'émerveiller, de chercher à comprendre, d'imaginer, de progresser ? Prenez n'importe lequel de vos amis. Demandez-lui de dessiner un portrait. Il y a de grandes chances pour qu'il vous réponde : « Je ne sais pas dessiner. » Demandez la même chose à un enfant. Il ne se posera même pas la question. Pour lui, dessiner, c'est comme respirer. C'est une fonction naturelle. Pour nous, c'est un don réservé à certains. Il y a ceux qui dessinent, ceux qui écrivent, ceux qui pensent. La spécialisation, la « division des tâches » aboutissent à un morcellement de l'être humain. Elles nous limitent. Je pense quelquefois avec envie à un Léonard de Vinci, par exemple. Non pas parce qu'il vivait dans un siècle où il y avait tout à découvrir (il y a TOUJOURS tout à découvrir), mais parce qu'il pouvait embrasser l'ensemble des connaissances de son époque. Optique, physique, astronomie, physiologie, anatomie, philosophie, géographie, mathématiques, botanique, acoustique, balistique, hydraulique, architecture, sculpture, peinture, etc., n'avaient aucun secret pour lui. Il a trouvé les lois de la gravitation avant Copernic, la fixité de la lumière des étoiles avant Kepler, il montra les lois de la chute des corps avant Galilée, dessina le plan d'un instrument que l'on réalisa ensuite sur ses indications. Comme il ressemblait un peu à la viole, on l'appela... le violon ! « Mais parfois, cet homme véritablement universel se reposait des Sciences, quittait son laboratoire, laissait la lorgnette qui lui servait à étudier les astres, posait la lyre sur laquelle il composait des chansons et fermait son atelier où toutes les inventions de notre siècle étaient en train de prendre forme. Alors, prenant sa palette et sa toile, il faisait la Cène, Saint Jean-Baptiste ou la Joconde. A ses moments perdus... » La totalité des connaissances ne nous est plus accessible. Nous sommes donc obligés de nous bâtir une série de « points de repère », d' « a priorismes » qui nous permettent de réagir lorsque nous sommes confrontés à des situations qui nous sont étrangères. Ces « idées toutes faites » ne sont-elles pas d'autres entraves à notre progression ? Nous avons vu que le scepticisme montré à l'égard de la parapsychologie freinait la progression de nos connaissances dans ce domaine. Très peu de gens aiment à reconnaître qu'ils se sont trompés. Nous nous forgeons bien souvent une opinion hâtive, nos idées manquent quelquefois de base solide, mais il suffit qu'on veuille nous persuader qu'elles sont fausses pour que nous devenions ardents à les défendre. Ce ne sont évidemment pas les idées ellesmêmes que nous défendons, mais notre amour-propre. Il en va de même pour les idées négatives que nous avons sur nous. J'ai moi-même longtemps souffert de cette habitude de pensée. Lorsque je « séchais » sur un devoir de latin, une seule idée hantait mon esprit : « Je ne comprends pas, je n'y arriverai jamais. » Plus rien ne « venait », et la séance se terminait quelquefois par des larmes, au grand désespoir de mes parents. C'est en buvant un jour, juste avant un examen, une tasse de café, que j'eus la brusque révélation. Je ne prenais jamais de drogue, et la caféine eut sur mon esprit un effet extraordinaire : la solution d'un problème de mathématiques m'apparut en quelques secondes, et il me fallut moins du tiers du temps imparti pour rendre une copie brillante qui me valut des félicitations. A partir de ce jour, je me mis en quête de moyens naturels permettant de retrouver ce même état d'excitation mentale qui me « branchait » directement sur la solution. J'en découvris plusieurs. Qu'ils s'appellent créativité, intuition, perception extra-sensorielles (P.E.S.), ces états de conscience particuliers m'ont semblé bien proches les uns des autres. Ils sont à l'opposé de ce que nous sommes ordinairement. « Dans la civilisation moderne, l'individu se caractérise surtout par une activité assez grande et tournée vers le côté pratique de la vie, par beaucoup d'ignorance, par une certaine ruse, et par un état de faiblesse mentale qui lui fait subir l'influence du milieu où il lui arrive de se trouver », écrivait Alexis Carrel dans l'Homme, cet inconnu. Nous commençons à prendre conscience de notre « état de faiblesse mentale » qui nous rend le jouet de suggestions économiques, politiques, culturelles. La plupart d'entre nous sommes chargés de besognes fastidieuses qui font rarement appel à nos facultés d'intelligence et d'imagination. On voit les jeunes cadres fraîchement sortis de l'école, bouillonnant d'idées, se ternir peu à peu et s'aigrir à l'ombre des grandes sociétés. Nos facultés psychiques naturelles s'étiolent dans la routine au fil des ans. Essayer de comprendre comment libérer ces facultés, ou du moins celles qui semblent intéressantes, utiles et positives, voilà le sujet de ce livre. Je l'ai vainement cherché en librairie. Des bribes se trouvaient dans certains ouvrages, çà et là. Aucun n'utilisait un langage convaincant. Quelques-uns, au langage trop universitaire, se perdaient en conjectures stériles. La plupart mélangeaient une idéologie simpliste, des croyances inutiles à l'explication des phénomènes ; aucun ne me semblait en « équilibre » : soit leurs auteurs doutaient de tout, soit ils croyaient tout. L'idée m'est alors venue d'écrire le livre que j'aurais aimé lire. Un livre qui ne rebute pas trop nos structures intellectuelles occidentales, un livre qui fasse le pont entre des domaines si proches et pourtant étrangers. La description des méthodes de développement personnel psychologiques et parapsychologiques que je pratique depuis plusieurs années est donc une tentative dans ce sens. En enseignant l'une de ces méthodes, la dynamique mentale, j'ai pu voir combien l'intégration de l'intuition et d'autres facultés paranormales dans notre personnalité pouvait être équilibrante. Lutter continuellement contre cette partie de nous-mêmes, la refouler, crée des tensions inconscientes. L'attitude autocritique dépréciative qui nous a été enseignée par l'éducation rationaliste peut être contrebalancée par la révélation de ces pouvoirs. Ils donnent à notre existence une autre dimension. Le développement de nos facultés paranormales peut contribuer largement à abolir les conditionnements traditionnels de temps, d'espace, de langage et de pensée, à libérer notre esprit des contraintes, des doutes et de l'angoisse. C'est un pas de plus vers la liberté. L'embarcation est prête. Venez découvrir ou mieux connaître « l'autre rive sur l'océan de l'être, au coeur de nous-mêmes ». PREMIÈRE PARTIE SOPHROLOGIE « C'est un grand ouvrier de miracles que l'esprit humain. » MONTAIGNE L'HYPNOSE Une cérémonie vaudou Cela pourrait être un cabaret. Tout autour de la piste, une trentaine de personnes, des « messieurs » cravatés, des femmes en robe longue savourent un repas exotique. Quelques couples de jeunes gens « sirotent » des jus de fruits. Rien d'extraordinaire, sauf peut-être l'atmosphère. Ces gens ne sont pas à l'aise. On dirait qu'ils attendent quelque chose. L'attitude des serveuses est inhabituelle. Elles sont trop décontractées. Pas le moindre soupçon de servilité dans leurs gestes. Des « elfettes » noires qui respirent la liberté. Le décor est confortable, mais dépouillé. Une impression bizarre. Cet établissement est le seul temple vaudou d'Europe. En plein coeur de Paris, les Haïtiens ont réussi à établir un lieu de leur culte sous forme de club fermé. Introduit par un ami initié, j'ai pu pénétrer dans ce sanctuaire. Mon origine catholique me faisait attendre quelque église, et me voici dans une ancienne boîte de nuit. Je suis un peu déçu. La cérémonie commence. Il est dix heures du soir, et trois tambours viennent d'être posés au fond de la piste. Les deux batteurs s'installent, commencent à frapper les peaux tendues sur des troncs d'arbre creusés. Le rythme jaillit, lancinant. Ils vont ainsi nous faire vibrer pendant six heures, sans interruption. Les serveuses, jolies Haïtiennes aux robes de « jean », ébauchent quelques pas de danse et chantent. Une très belle Noire, habillée de pourpre, chante elle aussi, mais va de table en table, s'adressant aux convives dans une langue inconnue. Elle rit. J'ai l'impression qu'elle nous défie. Au bout de quelques minutes, tout le monde doit se lever. Quelques-uns se récrient, se font « tirer l'oreille » : ils sentent que de spectateurs ils vont devoir devenir acteurs. Nous frappons nos mains en cadence, puis c'est la danse générale. Chacun fait comme il peut. Il y a la « minette » qui ferme les yeux, pâmée ; le gros monsieur un peu ridicule qui balance les bras. Les initiées (nos serveuses de tout à l'heure) mettent de l'ambiance et enseignent à tout ce petit monde un peu « bloqué » comment se laisser aller au tempo. Nous formons maintenant un cercle, la main dans la main, et je sens un « courant » passer. Nous devons ensuite nous allonger ; puis vient une bataille étonnante : la « bataille des fesses ». Les protagonistes (nous tous) se ruent les uns sur les autres, à reculons, les fesses en avant... jusqu'au choc. Les initiées se distinguent par des « coups de fesse » musclés. Chacun transpire. Nous avons quitté chaussures, cravates et vestes depuis longtemps. Brusquement, tout s'arrête. La belle fille racée vêtue de pourpre – qui est, je viens de l'apprendre, la Grande Prêtresse – commence à nous parler du Vaudou. Vers la fin du XVIIe siècle, les premiers bateaux d'esclaves arrivent à Haïti. Ils viennent du Dahomey, du Nigeria, de l'Angola et du Togo. Leur langue est le « fon », et en fon, « vodû » signifie dieu, esprit ou image. Ils importent leur religion, mais sont obligés de se faire baptiser et de suivre une instruction religieuse catholique. Le Vaudou est donc un ensemble curieux dans lequel on trouve des crucifix et des cierges mélangés aux tamtams et aux possessions. C'est une religion animiste qui vénère des esprits, les « loa ». Chaque loa a son symbole magique, le « vévé », qui attire l'esprit. La cérémonie vaudou consiste en « prises de possession » des initiées par des esprits, qui se comportent chacun de manière différente, sont reconnus et vénérés suivant un rituel qui leur est propre. La Grande Prêtresse nous parle ensuite du temple vaudou. Ce dernier appartient à tout le monde. On peut y venir lorsqu'on le désire, y amener un enfant à garder, ou venir se faire soigner. La Grande Prêtresse est aussi un sorcier qui peut exorciser les mauvais esprits ou administrer un « simple », une herbe aux vertus médicinales. Certains patients abandonnés par la médecine traditionnelle lui sont confiés, et elle les guérit. « Avez-vous des questions ? » Son discours, dans un français impeccable et assuré, a coupé le souffle aux plus bavards. Pendant qu'elle parlait, un officiant a tracé sur le sol un dessin extrêmement compliqué, le « vévé ». Avec un art consommé, il dépose de la farine de maïs pincée par pincée, sur le parquet. Je lui demande si la connaissance des vévés est sensée déclencher des facultés paranormales ? « Non, c'est un simple livre qui permet d'appeler un esprit. Ces pouvoirs sont réservés aux sages, et demandent de longues années de méditation et d'initiation. » Une heure du matin... La cérémonie bat son plein. Les initiées, ou « hounsi », ont mis de jolies robes blanches et dansent au son du tam-tam. Soudain, l'une d'elles secoue la tête, fermant les yeux, comme si elle avait peur. Puis elle est prise de convulsions. On a l'impression qu'une force invisible la « chevauche ». Sa respiration est haletante. Elle fait des gestes désordonnés, et, lorsque, comme un boulet de canon, elle est littéralement « projetée » d'un bout à l'autre de la pièce et me bouscule, je sens ses membres durs comme l'acier. Ses poings sont serrés à mordre la chair. C'est une sorte de demi-catalepsie. Elle vacille de plus en plus. La Grande Prêtresse lui attache les cheveux avec un foulard vert et prononce quelques paroles rituelles. Tombée dans un état de prostration, la hounsi est emmenée dans l'arrière-scène, le « lieu des mystères », où elle va peu à peu reprendre ses esprits. Tour à tour, trois autres hounsi vont être chevauchées par des esprits. La prêtresse leur remet les insignes de leur rang, un drapeau, un bâton, un foulard suivant le cas. La scène est d'une intense violence. Une hounsi, en pleine crise, en frappe une autre. « Elle l'a punie », me glisse ma voisine. La dentelle blanche est déchirée. Dans l'atmosphère règne une odeur âcre de sueur et de chandelle. Les scènes les plus prenantes surviennent avec la prise de possession de la Grande Prêtresse. En raison de son rang, ce sont de grands esprits qui s'emparent d'elle. Les yeux exorbités, hagarde, elle va se saisir de sabres et exécuter une danse où plus d'un témoin craindra pour sa vie. Les lames passent à quelques centimètres de nos visages. Brrr ! Peu à peu, je m'aperçois que le désordre apparent de ses mouvements est en fait toujours contrôlé et précis, comme guidé par une main invisible. Le moment le plus étonnant sera lorsqu'elle se saisira d'un tambour qui trône comme un totem, au milieu de la piste. On me dit qu'il pèse plus de cent vingt kilos, et lorsque j'essaierai, plus tard, de le soulever, cela me sera impossible. Je revis là des scènes que j'avais déjà vécues en « scream ». Le scream est une psychothérapie de groupe par le cri. Certaines personnes, lorsqu'elles donnent libre cours à leurs pulsions instinctives, la haine, la colère, la peur, confinent à l'animalité. On sent la bête sous le vernis civilisé (comme dans le film l'Île du docteur Moreau : On se souvient de ce chirurgien qui transforme des animaux en êtres humanoïdes. Malgré ses efforts, la nature animale transparaît toujours). Ici, c'est un peu la même chose, mais les mouvements sont plus beaux. On dirait des combats de félins. La soirée se termine par un « passage sur le feu » (du rhum enflammé) et des dialogues en « fon » entre la Grande Prêtresse, toujours en transes, et quelques participants haïtiens. Ces derniers m'ont affirmé que, sans connaître leurs problèmes, la prêtresse leur donne des solutions ou des explications qui correspondent exactement à leur situation. SOPHROLOGIE Un mot nouveau : sophrologie Le regard bercé par une flamme dansante.., le pointillé des lignes blanches éclairées par le faisceau de vos phares... Le tic-tac régulier d'une pendule... Un air de jazz envoûtant... La voix monocorde du professeur.., telles sont quelques-unes des situations où, légèrement somnolents, nous nous laissons emporter par une douce rêverie. Ces états de conscience particuliers sont étudiés par la sophrologie « étude phénoménologique de tous les états et niveaux de conscience quel que soit l'agent physique, psychologique qui déclenche le phénomène ». Les transes cultuelles, comme celles du Vaudou, de l'Ubanda et des Machis, l'extase des chamans, la transe hypnotique, la méditation ou le nirvâna sont d'autres exemples de son champ d'observation. Sophrologie vient de « sos » (sérénité, équilibre), « phren » (cerveau, esprit), et « logos », étude, science. La sophrologie est, étymologiquement, l'étude des moyens d'obtenir la sérénité de l'esprit. Ayant aujourd'hui pris sa place dans la science médicale, la sophrologie étudie des domaines qui sont restés longtemps liés à la magie et au paranormal. Les chamans Intermédiaires entre les puissances de la nature et les hommes, les chamans existaient certainement déjà aux temps préhistoriques. On pense aujourd'hui que les dessins d'animaux trouvés dans les grottes de Lascaux étaient l'objet d'opérations magiques destinées à mettre en leur pouvoir le gibier chassé par nos ancêtres. Le mot « chaman » provient sans doute des mots Samarambi « s'exciter » et Sam-dambi « danser ». Le chaman s'excite en dansant en rythme au son d'un ou de plusieurs tambours. Il entre ensuite en transes et semble alors doué de pouvoirs extraordinaires. L'anthropologue Mircea Eliade dresse dans un de ses ouvrages sur le chamanisme (le Chamanisme, Payot, 1968) une liste impressionnante de phénomènes : télépathie, prémonition, marche sur des braises ardentes, clairvoyance. Que ce soit dans le chamanisme, le Vaudou ou dans d'autres cultes, le bien-être qui suit les transes a des effets thérapeutiques psychophysiologiques. Ces transes libèrent les comportements archaïques gérés par le rhinencéphale, cerveau primitif, siège des impulsions émotives et affectives. La maladie ou l'affection qui résultait d'un conflit entre rhinencéphale et cortex (le siège de la logique et du langage), entre comportement impulsif et raison, n'a plus lieu d'être. Le rhinencéphale ayant pu s'exprimer, l'équilibre s'établit, le symptôme disparaît. Un médecin brésilien, le docteur Ankstein, inspiré par un proche parent du Vaudou, l'Ubanda, a mis au point une méthode fondée sur cet effet, la transterpsychothérapie. Elle a été introduite en France par les docteurs J. Donnars et A. Marchand. Franz Anton Mesmer Ce médecin né en 1734 à Weiler, en Allemagne, fit sa thèse de doctorat sur « l'influence des planètes sur le corps humain ». Il essayait de démontrer qu'une énergie, le « magnétisme animal », vient du cosmos pénétrer tous les corps, et peut avoir une influence sur notre santé. Cette théorie ressemble à la notion d' « énergie vitale », de la Chine ancienne, de prâna hindou, et de « munis » chère à Paracelse. Actuellement, les Soviétiques étudient une force semblable qu'ils appellent 1' « énergie bioplasmique ». Les Tchécoslovaques parlent d' « énergie psychotronique ». Sheila Ostrander et Lynn Schroeder rapportent, dans leur livre sur les Fantastiques recherches parapsychiques en U.R.S.S. qu'un chercheur tchécoslovaque, Robert Pavlita, a mis au point un générateur que l'on peut « charger » mentalement. Le docteur Julius Krmessky, mathématicien et physicien, communiqua ses conclusions aux membres du comité directeur de la faculté des sciences physiques de l'Institut pédagogique de Trnava : « La force fournie pour faire tourner l'appareil ne peut s'expliquer ni par la température, l'électricité statique ou un courant d'air. Cette énergie émane de l'homme et l'opérateur peut en avoir le contrôle mentalement. Elle traverse, sans déviation ni perte, le verre, l'eau, le bois, le carton et tous les métaux. » En France, un ingénieur radio-électricien, L. Turenne, a mis en évidence ce qu'il appelle des « ondes de forme » montrant le pouvoir de focalisation qu'ont certaines formes. Une équipe de chercheurs étudie ces ondes à Saclay, à titre de violon d'Ingres. Elle obtient, en collaboration avec un médecin, des résultats intéressants sur le plan de la santé, grâce à un « chargeur d'ondes cosmiques ». Autosuggestion ou confirmation du « magnétisme animal » ? Nous le verrons plus loin. Revenons à Mesmer. D'après lui, ce « fluide cosmique bienfaisant » peut se transmettre d'un sujet à un autre. A l'aide de passes et de manipulations, il obtient de nombreuses guérisons qui lui valent l'hostilité de ses confrères. Un incident servira de prétexte au scandale : une jeune fille atteinte de cécité, Maria Theresa Paradies, pianiste de l'impératrice, soignée par lui, serait devenue sa maîtresse. Après une légère amélioration, elle redevient complètement aveugle quelques semaines plus tard, et Mesmer est contraint de quitter Vienne. Il s'installe à Paris, dans un hôtel particulier, place Louis-le-Grand (aujourd'hui 16, place Vendôme). Des consultations particulières, il passe aux séances collectives. Comme le fait remarquer le docteur Rager, il est en cela un initiateur des thérapies de groupe. Il met au point ses célèbres « baquets ». Ce sont des réservoirs remplis de bouteilles d'eau magnétisée, dans lesquelles plongent des tiges de fer dont la partie supérieure se termine en pointe. On les applique sur les organes malades. Une corde relie tous les « patients » pour équilibrer le fluide, et une musique « forte » retentit au piano. (Mesmer, ami de Mozart, était en effet grand amateur de musique. Il introduisit l'harmonica en France.) Vêtu d'une robe lilas, une baguette de fer à la main, le Maître faisait des impositions sur le dos et le ventre des malades. Bailly, astronome membre de l'Académie des sciences, rapporte, sur la demande de Louis XVI : « Quelques malades n'éprouvent rien, d'autres crachent, sentent une chaleur locale ou une chaleur universelle et ont des sueurs. D'autres sont agités, tourmentés par des convulsions. Ces convulsions sont extraordinaires par leur nombre, leur durée, leur force. On en a vu durer plus de trois heures. Elles sont caractérisées par des mouvements involontaires et précipités de tous les membres et du corps entier, par le resserrement de la gorge, par des soubresauts des hypocondres et de l'épigastre, par le trouble et l'égarement des yeux, par des cris perçants, des pleurs, des hoquets et des rires immodérés. Elles sont précédées ou suivies d'un état de langueur et de rêverie, d'une sorte d'abattement et même d'assoupissement. (...) On a observé que, dans le nombre des malades en crise, il y avait toujours beaucoup de femmes et peu d'hommes ; que ces crises mettaient une ou deux heures à s'établir, et que, dès qu'il y en avait une d'établie, toutes les autres commençaient successivement et en peu de temps. » On voit tout de suite le rapport que peuvent avoir ces crises avec les « transes cultuelles » dont nous avons parlé précédemment. Une polémique s'engage, grandement activée par Mesmer, qui s'y connaissait en publicité aussi bien qu'Alcibiade (ce général athénien avait acheté un très beau chien, et tout Athènes en parla pendant quinze jours. Il lui fit alors couper la queue, et Athènes fut encore en effervescence pendant un mois. Morale de l'histoire : que l'on en dise du bien ou que l'on en dise du mal, peu importe, pourvu qu'on en parle.) Avec ses deux ouvrages, Mémoire sur la découverte du magnétisme animal (1779) et Précis historique des faits relatifs au magnétisme animal (1781), Mesmer allume un feu qui ne s'éteignit pas même après sa condamnation par les académies en 1784 (Académie des sciences et Académie de médecine). « Ayant démontré par des expériences décisives que l'imagination sans magnétisme produit des convulsions et que le magnétisme sans imagination ne produit rien, rien ne prouve l'existence du fluide magnétique animal. » Un rapporteur, de Jussieu, rédigea une note personnelle dans laquelle il faisait état de guérisons incontestables et demandait que soit étudiée la médecine que l'on pourrait en tirer. Deslon, disciple de Mesmer, premier médecin de Mgr le comte d'Artois, remarque : « Si la médecine d'imagination est la meilleure, pourquoi ne ferions-nous pas de la médecine d'imagination ? » C'est sur cette voie que vont poursuivre les disciples du Maître. Les débuts de l'hypnose C'est à un des adeptes de Mesmer, le marquis de Puységur, que revient la mise en évidence du somnambulisme provoqué, qui sera plus tard l'hypnose. Quand il lui annonça sa découverte, en 1784, Mesmer minimisa son importance. Il connaissait le phénomène, mais répugnait à l'étudier. Ce produit de l'imagination lui semblait très difficile, voire impossible à comprendre et de toute façon moins intéressant que la physiologie. Puységur ira plus loin. C'est aussi lui qui redécouvrira l'apparition de facultés paranormales chez le sujet endormi. Par la suite, il devait observer que ce sujet témoignait dans son sommeil d'une prescience extraordinaire concernant la marche de sa maladie et de celle des autres. C'est lui qui, le premier, utilisa le terme de « clairvoyance » après avoir constaté que les malades mis en état de somnambulisme, et touchant d'autres malades, peuvent dé-finir très exactement l'organe atteint. « C'est, dit le malade, une sensation véritable que j'éprouve dans un endroit correspondant à la partie qui souffre chez celui que je touche. » La Bible évoque déjà, dans le second livre des Chroniques au chapitre XXXIII, l'idée d'un « dresseur d'oracle » : « Manassé prédisait le temps et usait de prédictions et de sortilèges ; et il dressa un oracle d'esprit de Python... » Trois siècles avant Jésus-Christ, les druides conjuguaient hypnose et musique dans ce qu'ils appelaient le « sommeil magique ». Lorsque le marquis de Puységur publie ses travaux, il se heurte à une formidable résistance. Mais les faits sont là, et ses disciples vont « répandre à travers la France cette nouvelle forme de mesmérisme où l'oracle est non plus le magnétiseur, mais le magnétisé en état de somnambulisme ». Grâce au marquis, on prend conscience de l'inutilité des transes convulsives. En 1813, l'abbé Faria ouvre un cours public de magnétisme. Il est le précurseur de la « suggestion », le créateur du fameux « dormez »... Trois ans plus tard, à la suite de déboires publics, il sombre dans l'oubli. Sur le plan thérapeutique, le magnétisme reste un outil incertain, même s'il donne d'excellents résultats entre les mains du baron du Potet, du docteur John Eliotson et de nombreux autres magnétiseurs, comme Bertrand ou La Fontaine. Bertrand remarque déjà que la fixation d'un objet quelconque peut déterminer un état de somnolence, mais c'est James Braid, chirurgien de Manchester, qui découvre vers 1840 l'hypnose. Il avait assisté à la représentation du magnétiseur La Fontaine, qui produisait des « effets » et soignait des malades. Venu dénoncer l'imposture, le sceptique Braid, qui ne croyait pas au fluide ni à la transe, remarqua pourtant l'impossibilité dans laquelle étaient les sujets d'ouvrir les yeux. Il avait cru voir que le magnétiseur, en faisant des passes, regardait fixement dans les yeux la personne à influencer. Braid émit donc l'hypothèse que, si le sommeil était réel, l’oeil en était peut-être la cause, mais non comme source de magnétisme : comme objet brillant. Rentré chez lui, il vérifia son hypothèse. Il pria sa bonne de regarder fixement la lame de sa lancette. Elle tomba bientôt en sommeil. Ravi et enthousiaste, il réveilla sa femme et fit la même expérience : même résultat. Braid pensait que la fatigue nerveuse qu'entraînait une concentration soutenue provoquait le sommeil, d'où le nom qu'il donna au phénomène : hypnose ou hypnotisme, du grec « hypnos », le démon du sommeil. Il publia ses recherches (Neuro-hypnology, 1843), mais elles tombèrent elles aussi dans l'oubli. L'école de Nancy En 1859, un médecin des environs de Nancy, le docteur Liébeault, décide, à la suite d'une communication sur une opération réalisée sous hypnose par Broca, de reprendre les travaux de Braid. Il obtient rapidement des résultats. Sa méthode évolue peu à peu vers la suggestion verbale. Tout en gardant la concentration oculaire préconisée par Braid, il suggère les symptômes du sommeil : paupières lourdes, membres engourdis, fléchissement des sens. Un jour, il guérit ainsi la malade d'un de ses collègues, une sommité médicale, le docteur Bernheim. Ce dernier va le voir et doit se rendre à l'évidence : l'hypnose existe. Il va faire connaître Liébeault au monde médical. Si Liébeault, tout en utilisant la suggestion, croit aussi un peu au magnétisme, Bernheim, lui, réfute les théories fluidiques. Sous son influence, Liébeault développera ses méthodes de suggestion, et leur application aux maux de ses malades. Il leur suggère « l'image psychique de la guérison ». Bernheim pense que les résultats ne sont dus qu'à la suggestion, et qu'il n'est, d'ailleurs, point besoin d'endormir le sujet très profondément. Un état de veille ou de rêverie suffit. Liébeault, lui, essaie de faire la part des choses. « Une part de vérité est dans les deux camps et il est temps qu'on cesse de s'y accuser tour à tour d'être dupe de convictions imaginaires, et qu'on finisse par s'entendre. » L'autre camp, c'est l'école de la Salpêtrière. L'école de la Salpêtrière En 1878, un neurologue alors au faîte de la gloire, le docteur Charcot, s'intéressa à l'hypnose. Celui qu'on appelait le « César de la Salpêtrière » organisa dans cet hôpital des expériences qui devaient être à la source d'une nouvelle psychologie « renforcée par des études pathologiques ». Il fit, en fait, de nombreuses erreurs. Il laissait le soin d'hypnotiser les sujets à ses chefs de clinique, à ses internes, et venait ensuite pontifier devant un public aussi nombreux que néophyte. Néanmoins, son étude de l'hystérie, ses essais de guérison par la suggestion en font un précurseur de la psychologie moderne. Grisé par son succès, il fit des expériences sur le magnétisme et la métallothérapie. Bernheim montra que ces expériences étaient erronées et que les résultats obtenus provenaient, en fait, de la suggestion. Charcot devait douter, vers la fin de sa vie, du bien-fondé de ses travaux, mais la mort l'emporta avant qu'il ne les reprenne sur d'autres bases. Hypnose et paranormal Avec le marquis de Puységur, nous avons vu que certains sujets magnétisés manifestaient des facultés de clairvoyance étonnantes. Mais est-ce là tout ? Si l'hypnose est un révélateur de P.E.S. (Perceptions Extra Sensorielles), comment se fait-il que d'autres cas ne soient pas venus confirmer cette hypothèse ? L'explication est la suivante : on ne voit que ce que l'on veut bien voir. Un exercice classique de psychologie consiste à présenter au sujet un dessin représentant un Nord-Africain bien habillé, qui se fait agresser par un Français armé d'un long couteau, dans le métro. Après avoir étudié ce dessin, le « témoin » rapportera ce qu'il a vu à une seconde personne, et ainsi de suite. Immanquablement, au deuxième ou troisième témoignage, la situation a été inversée : c'est le Français bien habillé qui se fait agresser par un Nord-Africain. La première situation était, inconsciemment, intolérable et a été rejetée. On comprend la difficulté qu'ont ces hommes de science, ces médecins, à admettre que de telles possibilités existent. Un bon exemple de cette répugnance est la réaction de l'Académie de médecine au rapport que fit Husson en 1832. Une commission avait été nommée six ans plus tôt, et pendant tout ce temps, Husson avait enquêté, expérimenté, afin de tirer les choses au clair. Le grand jour arrive enfin où chaque membre de l'Académie peut prendre connaissance du rapport. Consternation : « Husson, en effet, avait accumulé des expériences extrêmement spectaculaires de magnétisation à distance et de clairvoyance. La commission accepta le don de double vue, de diagnostic en état de somnambulisme, de prévisions, de lecture les yeux bandés. » Le rapport ne fut pas publié, par crainte du ridicule. Une nouvelle enquête fut même confiée à Dubois, un adversaire acharné du magnétisme, qui nia tout en bloc : y compris l'existence d'un état de somnambulisme provoqué. Le rapport de Husson manquait-il de sérieux ? Ce n'est pourtant pas l'opinion de la commission d'étude désignée en 1953 par la British Medical Association, afin d'examiner l'hypnose, Elle s'inspira beaucoup du rapport de Husson, allant même jusqu'à dire que « les conclusions de ce rapport sont d'une prévoyance remarquable et sont, en majeure partie, encore applicables aujourd'hui ». En 1850, l'Anglais Mayo, professeur de physiologie et magnétiseur, écrivait : « Une personne magnétisée qui a perdu son propre sens du toucher, du goût ou de l'odorat, perçoit tout ce qui est ressenti par les sens du toucher, du goût ou de l'odorat du magnétiseur. » Il confirmait ainsi les recherches faites depuis plusieurs années par un médecin français, le docteur Azam. En 1875, le professeur U.F. Barret, grand physicien anglais, reprend cette expérience : « J'avais pris certaines choses dans mon garde-manger et je les avais apportées et mises sur la table à côté de moi. Me tenant derrière la fillette dont les yeux étaient soigneusement bandés, je mis un peu de sel dans ma bouche ; la fillette cracha aussitôt et s'écria : "Pourquoi mettez-vous du sel dans ma bouche ?" Ensuite, j'ai goûté du sucre ; elle a dit : "C'est meilleur !" A ma question "A quoi cela ressemble-t-il ?" , elle répondit : "C'est sucré." "Ensuite j'ai goûté à la moutarde, au poivre, au gingembre, etc. La fillette nommait tout cela et avait apparemment une sensation gustative quand je mettais les épices dans ma bouche. J'approchai ma main d'une bougie allumée et me brûlai légèrement ; la petite fille assise, toujours les yeux bandés et me tournant le dos, s'écria au même moment qu'elle s'était brûlé la main, tout en manifestant une douleur évidente. » Charcot, s'il fit des erreurs, n'en travaillait pas moins sur des sujets en transes. Or il commençait son cours ainsi : « Nous prendrons les faits simples, faciles à analyser, nous laisserons de côté les phénomènes supérieurs, la double vue, la lucidité. » Il ne les réfutait pas pour autant. L'école de Nancy s'intéressa aussi à ces phénomènes. Le 9 janvier 1886, Liébeault entreprit avec Stanislas de Guaita l'expérience suivante, dont voici le procès-verbal : « Nous soussignés, Liébeault (Ambroise), docteur en médecine et de Guaita (Stanislas), homme de lettres, tous deux demeurant actuellement à Nancy, attestons et certifions avoir obtenu les résultats suivants : 1° Mlle Louise L..., endormie du sommeil magnétique, fut informée qu'elle allait avoir à répondre à une question qui lui serait faite mentalement, sans l'intervention d'aucune parole, ni d'aucun signe. Le docteur Liébeault, la main appuyée au front du sujet, se recueillit un instant, concentrant sa propre attention sur la demande qu'il avait la volonté de faire : − Quand serez-vous guérie ? Les lèvres de la somnambule remuèrent soudain : − Bientôt, murmura-t-elle distinctement. On l'invita alors à répéter, devant toutes les personnes présentes, la question qu'elle avait instinctivement perçue. Elle la redit dans les termes où elle avait été formulée dans l'esprit de l'expérimentateur. 2° M. de Guaita, s'étant mis en rapport avec la magnétisée, lui posa mentalement une autre question : − Reviendrez-vous la semaine prochaine ? – Peut-être, fut la réponse du sujet. Invitée à communiquer aux personnes présentes la question mentale, la magnétisée répondit : − Vous m'avez demandé si vous reviendriez la semaine prochaine. Cette confusion portant sur un mot de la phrase est très significative. On dirait que la

Dernière mise à jour de cette page le 05/12/2006
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